dans Le Leadership

J’en ai souvent parlé sur ce blogue, le début de l’année est un excellent moment pour créer le plan des 12 prochains mois. C’est ce que je m’apprête d’ailleurs à faire dans les jours suivants. Un des éléments que j’ai ajouté à ma méthode pour faire le plan de l’année est la Rétro de l’année. Car, un peu comme dans le Design Hebdo et l’Heure de Leadership, se poser afin de repenser à l’année qu’on vient de vivre nous aide à orienter ce qu’on veut accomplir l’année suivante.

Comme ce blogue me sert souvent de véhicule thérapeutique, je me suis dit que je partagerais avec vous une partie de ma rétrospective. Pas pour vous faire pleurer, pas pour me vanter, mais plus pour exorciser cette année (qui fut difficile, on va se le dire ;)), pour en tirer le maximum de bénéfices et pour partager mes apprentissages. Des fois que ça puisse servir à quelqu’un d’autre…

Cette année, le projet sur lequel je travaillais depuis 2003 s’est terminé. Karelab n’est plus. Nous avons connu un coup dur dont on n’a pu se relever. On s’est démené comme des diables dans l’eau bénite, on a tout fait, exécuté les plans A, B, C, Z pour sauver l’entreprise, mais en vain. Un jour, je participerai au FailCamp pour raconter l’histoire. Elle est vraiment fascinante, pleine de revirements, de rebondissements et d’émotions.

Nous avons quand même réussi à vendre les actifs et le produit que nous avions développé continue aujourd’hui de servir des milliers d’utilisateurs et d’être amélioré au sein d’une nouvelle équipe. Je fais partie de cette nouvelle équipe, qui d’ailleurs, est vraiment extraordinaire. Altrum est une entreprise 10 fois plus grande que Karelab, mais incroyablement humaine. Pas étonnant qu’on ait cliqué ensemble eux et moi :).

Mais dans les mois qui ont suivi la fin de Karelab, il était très difficile de faire son « tough » et de se dire que c’est pour le mieux, que l’échec n’est qu’apprentissages, que l’avenir est plein d’opportunités, etc. Oui, je le sais. En fait, ma tête le sait. Mais mon coeur, lui, ne l’avait pas accepté encore. Et je n’avais pas le goût d’être en mode positive-only. Ou pas la force. Ou pas la foi.

C’est ainsi que j’en retire ma première grande leçon de l’année:

1- C’est correct de ne pas être leader tout le temps

Avant cette année, j’étais convaincu qu’il fallait être un leader à chaque instant de notre vie. Si on ne se lead pas soi-même, on ne peut pas avoir de succès (peu importe la forme qu’on lui donne). Et on ne peut pas leader les autres. Mais c’est insoutenable d’être leader tout le temps. D’être fort tout le temps. De toujours voir que le positif. De toujours focuser sur les opportunités qui se cachent derrière chaque merde qui nous tombe dessus. C’est correct de baisser les bras. On a le droit. C’est humain.

Ça ne change pas le fait qu’on va se relever. Qu’on doit se relever. On ne peut pas rester victime éternellement. Mais on peut se retirer pour panser ses plais. On peut prendre du temps pour soi, pour faire son deuil. Et ensuite on se lève, on se relève les manches et on recommence.

2- Avoir la discipline de confronter les faits les plus brutaux

Je tire aussi une 2e leçon de cette aventure. Celle-ci est ironique puisque j’en ai même déjà parlé ici même dans un billet intitulé Le paradoxe de Stockdale. J’y expliquais l’histoire de Stockdale, un officier de l’armée américaine qui fut prisonnier de guerre pendant 8 ans. Il s’en est sorti. Le paradoxe qui porte son nom fait référence à 2 concepts:

  1. Ne jamais perdre la foi que vous allez gagner à la fin.
  2. Mais en même temps, avoir la discipline de confronter les faits les plus brutaux de vos circonstances.

Je n’ai jamais eu de problème avec le premier. Je suis allé jusqu’au bout de mon rêve pour Karelab, en étant persuadé qu’à la fin, on allait réussir.

La leçon que je dois tirer se trouve dans le 2e élément: avoir la discipline de confronter les faits les plus brutaux concernant l’entreprise. C’est ça qui a fait défaut. J’ai eu 2000 signes avant-coureurs qu’on s’exposait à des risques fatals. Mais ma confiance était tellement grande que j’ai volontairement choisi de ne pas adresser ces enjeux. De toute façon, on allait gagner, right ?

La ligne est bien mince entre la confiance illimitée et l’aveuglement. Voilà pourquoi il faut un équilibre entre cette confiance et les hard cold facts.

3- L’ego de l’entrepreneur

Mon 3e apprentissage est sans aucun doute le plus important: l’ego.

Une fois la transition faite avec Altrum, je suis devenu employé. Non plus entrepreneur. F**k que ça été dure. Ben oui: j’avais bâti mon identité sur ce terme. Je me définissais comme « entrepreneur, conférencier et blogueur ». J’étais dans le prestigieux programme élite de l’École d’entrepreneurship de Beauce. J’ai été recruté par la Jeune Chambre de Commerce de Montréal, entre autres, parce que j’étais entrepreneur. Les gens venaient à moi pour des conseils sur leur startup, parce que j’étais entrepreneur. Je donnais des conférences sur l’entrepreneuriat. Je participais depuis 2 ans au Camp CEED pour expliquer aux jeunes comment on ne nait pas nécessairement entrepreneur mais qu’on peut le devenir.

Et moi je ne le suis plus.

Le choc a été brutal.

Mais le baume est arrivé par la voie de mon dernier séjour à l’EEB. Ce dernier séjour qui consacrait mon parcours de 2 ans à l’École d’entrepreneurship. Vous pouvez vous imaginer comment ça me tentait d’y aller ;).

La personne qui m’a ouvert les yeux (après que plusieurs personnes aient tous desserré un peu le pot de cornichons ;)) c’est Rémi Tremblay. Lors d’un avant-midi que nous avons passé avec lui, je lui ai raconté les péripéties qui ont mené à ma nouvelle situation. Je lui ai expliqué à quel point je trouvais ça dur de ne plus être entrepreneur. Et sa réponse fut aussi brève que choquante:

Moi Marc-André, que tu sois entrepreneur ou pas, j’en ai absolument rien à cirer.

Bam. Et il a continué en expliquant qu’être entrepreneur ou pas, ça ne change absolument rien à qui je suis fondamentalement. Je suis. Tout simplement. Sans titre ni attribut. Mais la raison pour laquelle je trouve ça si difficile, c’est à cause de mon égo. Cette image que j’ai créée de moi-entrepreneur. Je me définissais tellement par ce titre, que le jour où je l’ai perdu, je n’étais plus rien.

Mais, comme nous a répété Yves Plourde, notre coach à l’École:

Nous ne sommes pas notre personnalité. Nous avons une personnalité.

Et cette personnalité n’est pas moi. Je ne suis pas ma personnalité. Alors on peut bien l’attaquer, ça change quoi!

C’est profond, n’est-ce pas ? Un peu ésotérique me direz-vous? Peut-être. J’imagine que c’est une question de croyance.

Mais c’est ce qui m’a fait comprendre que mon identité ne doit pas reposer sur quelque chose d’extérieur à moi. Car ça peut disparaître n’importe quand. C’est la même chose que ceux qui se définissent par le solde de leur compte en banque, leur nombre de followers, ou leur statut de CEO ou de Président-Fondateur.

Et quand on y pense, on est tellement plus que juste un titre. On est tellement plus qu’un nombre de dollars, qu’un diplôme ou qu’un numéro dans une liste de gens à suivre.

Et 2017 maintenant ?

Si en 2016 j’en ai appris beaucoup sur l’humilité, 2017 me permettra d’apprendre à évoluer dans une entreprise sans en être le leader suprême. Je dis ça à la semi-blague. Le fond de vérité, c’est que maintenant, je dois argumenter mes idées et mes convictions. Il ne s’agit plus maintenant de dire « on fait ça… » et voir tout le monde me suivre.  Cette année, je vais apprendre à me surpasser d’une autre façon. Et qui sait ce que l’avenir me réserve ? Je suis passé à travers un calvaire. Et j’ai survécu.

Alors ? Bring it on ! 🙂

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Showing 2 comments
  • Christian
    Répondre

    Sérieux Marc-André, quel beau billet! Merci de partager. C’est « deep », c’est vrai, c’est pur. Échec ou non, j’admire ton authenticité et ton leadership personnel. C’est là qu’on sépare les vrais des moins vrais. Il y en a beaucoup qui tombent et ne se relèvent jamais. D’autres ne commenceront jamais rien par peur du risque de faire des efforts pour enfin échouer. Ce n’est clairement pas ton cas. BRING IT ON!

  • Marc-André
    Répondre

    Merci Christian pour les bon mots, ça me touche beaucoup ! Merci d’avoir pris le temps. Bonne journée !!

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