dans La politique

Il y a un peu plus de 2 semaines, j’ai retweeté un tweet de Dominic Dumas, animateur de radio de Québec concernant un sondage de The Gazette:

Suis tellement l’un de ceux là – 66% des Qcois veulent la liberté d’envoyer enfants à l’école anglo http://bit.ly/a5PFyb via @doomdumas:

J’ai pu rapidement constater que le français est définitivement un sujet tabou au Québec ;-). Plusieurs personnes ont répondu à ce commentaire, sur Twitter, Facebook et LinkedIn. Une personne partageait mon avis (merci Francis ;-)), et les autres étaient contre. Nous avons eu un petit échange que j’ai fort apprécié. Je crois qu’il est sein d’avoir un débat sur un sujet aussi important que celui-là. Et je les en remercie car leurs arguments m’ont fait réfléchir et ont fait évoluer mon opinion.

À la base, je trouve inconcevable que je n’aie pas la liberté d’envoyer mes enfants dans une école anglophone si je le désire. Bon, je peux, mais via en séjour dans une école privée anglophone. Et avec la nouvelle loi 103, les choses se compliquent encore plus. Mais j’y reviendrai dans un second billet.

Donc, pourquoi est-ce que le gouvernement devrait me dicter où envoyer mes enfant ? Pourquoi ma liberté est-elle brimée? C’était donc mon opinion de départ. Mais les discussions avec mes contacts opposés à mon opinion m’ont fait réfléchir. Leur argument principal est assez simple: si les francophones peuvent envoyer leurs enfants dans une école anglophone, alors le français mourra inévitablement dans les décennies à venir. Leur argument fait écho à un article récent de Rima Elkouri ou elle dit:

Ils aimeraient que leurs enfants maîtrisent tout aussi bien le français que l’anglais et ils ont raison. Mais ils oublient un petit détail: le retour au libre choix, s’il peut sembler anodin à court terme, mettrait en péril la survie de la langue française au Québec.

Si le français, grâce à la loi 101, se porte relativement bien au Québec, sa situation demeure toujours précaire. Affaiblir l’instrument même qui lui permet de rester en vie dans une mer anglophone serait pour le moins malavisé. Il y a parfois des fenêtres qu’il vaut mieux ne pas ouvrir.

Je peux comprendre qu’il pourrait y avoir une menace pour la langue française, mais cette menace n’est pas une certitude. C’est une éventualité. Par contre, ce qui est une certitude indéniable, c’est que les petits unilingues francophones partent bien loin derrière leurs collègues allophones qui parlent 2, 3 et même 4 langues. Lesquels croyez-vous auront plus d’opportunités dans la vie ? Quel est le pire scenario ? Un recul possible de la langue française ou un appauvrissement certain du Québec ? Nous ne sommes déjà pas très riches en tant que société, voulons-nous vraiment s’enlever encore plus de chance de prospérer ? Comment nos valeureux québécois unilingues francophones comptent-ils concurrencer un marché mondial qui se passe en anglais ?

Regardons dans quel monde nous vivons. Tout se passe en anglais. La langue de prédilection des affaires est l’anglais. Si l’on veut se tenir informé sur le monde, il faut lire et comprendre l’anglais. Si on veut avoir plus de chances d’avoir un bon emploi, il vaut mieux parler anglais. Si on veut voyager, il faut parler anglais. Bref, on peut se mettre la tête dans le sable, mais on ne peut ignorer l’évidence: savoir parler anglais est devenu aussi incontournable que de savoir lire, écrire et compter.

Personnellement, je suis sorti de l’université sans être bilingue. Je suis allé à l’école public au primaire, puis à l’école privé au secondaire et au CEGEP, et finalement à l’UQAM. Après près de 20 ans d’études, je n’étais toujours pas bilingue. J’ai dû apprendre l’anglais par moi même lorsque j’ai découvert le Web et que j’ai démarré ma compagnie. Je n’avais pas le choix: mes clients, mes employés, mes partenaires, mes fournisseurs, la plupart se trouvent partout dans le monde. L’anglais devenait inévitable.

Aujourd’hui, je vis à 80% en anglais dans ma vie professionnelle, je peux lire les journaux anglo, écouter des films anglos, lire des livre en anglais, assister à des conférences en anglais, bloger en anglais, donner des conférences en anglais, et me promener presque partout dans le monde sans avoir de problème de communication.

Je considère que j’ai été chanceux, et que j’ai travaillé très fort pour y arriver. Le système d’éducation n’a absolument rien fait pour m’aider à y parvenir.

J’aimerais ne pas avoir à compter sur la chance pour mes enfants, et ainsi leur donner toutes les chances de réussir dans la vie: je veux qu’ils soient bilingues! Et je ne peux pas compter sur notre système d’éducation pour le faire. Le système a échoué avec moi, et échoue chaque année avec la majorité des étudiants unilingues francophones. Le système échoue depuis des décennies, et rien ne m’indique que les choses vont changer dans les prochaines années.

Donc la seule solution restante: envoyer mes enfants dans une école anglophone. C’est la seule façon! Oui, certains m’ont suggéré de parler en anglais à mes enfants le soir. OK, c’est une idée. Mais je ne suis pas un professeur, et je ne crois pas avoir les compétences pour leur montrer à écrire et parler correctement en anglais. Et comme je parle presque tout le temps en anglais au travail, si je parle aussi en anglais à la maison, alors c’est moi qui perdrai mon français. Est-ce mieux ?

La seule et unique façon de s’assurer que mes enfants soient complétement bilingues rendus à l’âge adulte, c’est de les immerger dans la langue anglaise. Ils doivent le parler et le vivre à tous les jours. Et cela n’est pas possible s’ils fréquentent l’école publique francophone. Je devrai donc tôt ou tard les envoyer dans une école anglaise. Mais avec la moitié de nos salaires que nous donnons au gouvernement pour avoir de supposés services, pourquoi devrais-je payer en plus l’école privée ? Mais là, je crois qu’on verse dans un débat encore plus grand entre la gauche et la droite. J’y verrai probablement dans quelques billets futurs 😉

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Showing 3 comments
  • Nicole Gusco
    Répondre

    « Exiger un meilleur enseignement du français et de l’anglais, c’est une chose. Exiger le libre choix de la langue d’enseignement en est une autre. Rima Elkouri »

  • marcan
    Répondre

    C’est vrai que c’en est une autre… Mais au fond, restons pragmatique: ce qui m’intéresse par dessus tout, et c’est le titre de ce billet, c’est que mes enfants soient bilingues! S’ils sont unilingues français, ils partirons désavantagés par rapport à tous les autres qui parlent 2 langues. S’il sont unilingues anglais (ce qui ne peut pas arriver car notre langue de tous les jours est l’anglais), alors ils perdront la richesse d’une 2e langue.

    Tout ce que je veux, c’est qu’ils soient bilingues. Qu’ils parlent français ET anglais! Et s’ils peuvent apprendre le mandarin ou l’espagnol je vais être encore plus heureux !

    Le futur de mes enfants, tout comme le futur du Québec, sera plus prospère s’ils parlent anglais que s’ils restent unilingues français. Aussi simple que ça!

  • Mystick
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    Nous avons fait le choix lors de ma grossesse que nous voulions que notre enfant soit bilingue. Étant tous les deux québécois francophone, nous ne pouvons pas l’envoyer au public en anglais et on a pas les moyens d’aller au privé… et il n’y en a pas dans notre région. Donc depuis sa naissance, nous avons supprimé le français de notre demeure. Nous parlons exclusivement anglais à la maison. On achète des jouets qui « parlent » en anglais, ses livres sont en anglais, les DVD aussi, etc… pour l’instant notre défi est de trouver des enfants anglophone avec qui elle pourrait jouer pour se pratiquer. Pour l’instant elle est bilingue, mais refuse de parler anglais avec d’autres personnes. On verra l’impact avec son entrée à l’école dans 2 ans…

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