dans La famille

Compte rendu critique du film « Québec-Montréal » rédigé par Jacques Lanciault dans le cadre d’un cours de rédaction à l’Université de Montréal.

Vous croyez que la route 20 entre Québec et Montréal est monotone, ennuyeuse, voire assommante? Vraisemblablement, vous n’avez pas vu le film de Ricardo Trogi « Québec Montréal », une comédie mettant en scène les relations tumultueuses entre hommes et femmes qui prend justement pour théâtre « la 20 » en direction de la métropole.Trois chums de gars (Patrice Robitaille, Stéphane Breton et Jean-Philippe Pearson), deux collègues de travail (Isabelle Blais et François Létourneau) et un jeune vieux couple (Julie LeBreton et Pierre-François Legendre) prennent tour à tour la route en direction de la grande ville : les trois gars s’y dirigent pour s’envoler en vacances vers Cuba, les deux collègues de travail s’y rendent, délégués par leur employeur, pour assister à un congrès et finalement le jeune couple, lui, part s’installer dans la métropole, conséquence de la promotion de madame.

En cours de trajet, tour à tour, l’amitié chez les gars, la passion d’un des collègues de travail pour sa compagne et l’amour-routine du jeune couple mettront en lumière la complexité des relations hommes-femmes. Le choc de révélations imprévues les éloignera de leur destination première et les plongera, petit à petit, dans les affres de la rupture.

Cette comédie, où les trois coscénaristes (Trogi, Robitaille et Pearson) deviennent acteurs de leur propre film, étale au grand jour les milles et une difficultés auxquelles se heurtent leurs personnages dans le maintien d’une amitié, dans la quête d’une passion ou tout simplement dans la recherche d’une petite vie bien pépère.

Toute cette mise en scène construite en ramenant incessamment l’image de l’idéal de l’American way of life de jadis, personnifiée dans le film de façon très ironique par un Ken et une Barbie filant, silencieux, le parfait bonheur… en corvette rouge.

Un film à petit budget, c’est évident du début à la fin, mais tout de même un film accrocheur. Après un début lent et plutôt incertain, le jeu des acteurs, confinés à peu près toujours à l’intérieur de leur véhicule, prend son envol et permet aux spectateurs de s’attacher à des personnages des plus caricaturaux, tous joués par des comédiens de la relève, une relève qui s’annonce prometteuse.

Le film de Trogi, son premier long métrage, n’a pas le faste du cinéma américain ni le flou intellectuel du septième art français : il s’agit de cinéma québécois. On s’en rend vite compte d’ailleurs lorsque l’un après l’autre les comédiens y vont de leurs meilleurs jurons. Du déjà-entendu dont on aurait pu se passer.

Évidemment, il ne faut pas s’attendre à des paysages à couper le souffle. Même si l’argent avait été au rendez-vous, la route 20 demeurera toujours la route 20, c’est-à-dire deux longues lignes droites de 260 kilomètres où des champs de maïs succèdent à des champs de maïs. Cependant, chapeau aux metteurs en scène qui ont guidé les artistes en espace très réduit (à l’intérieur des véhicules), réussissant ainsi à diriger l’attention des spectateurs sur les personnages et, surtout, sur leurs discours.

Ce film est québécois, le langage utilisé est québécois, les comédiens sont québécois, alors pourquoi diable avoir choisi une chanson en anglais pour la grande finale du film? Oui, la mélodie est belle, cela est indéniable, mais Robert Charlebois, Félix Leclerc, Diane Dufresne et plusieurs autres n’ont-ils pas déjà chanté le Québec ?

Oublions ce petit défaut, c’est un film à voir. Et, si votre couple bat de l’aile, surtout voyez-le avant de prendre la route!

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