dans La famille
Texte de Jacques Lanciault

Outremont, le 19 novembre 2004 — Le soleil se lève sur Salluit. Une rouge boule de feu transperce une mince couche de nuage tout au fond de la scène du vénérable Théâtre Outremont. Elisapie Isaac livre les premières paroles de la toute dernière pièce de son spectacle : Time, une chanson au titre anglais, puisqu’aucun équivalent ne traduit ce mot en inuktitut. La musique est superbe, la voix douce de la belle interprète Inuk du groupe Taima nous berce, les mots dansent dans sa bouche, voguant de sa langue maternelle, l’inuktitut, à celle de Sheakspeare et celle de Molière avec fantaisie, tout en se baladant sur le rythme des accords composés pour elle par l’Abitibien Alain Auger.Tout au long du spectacle, les jeux de lumière ont mis en valeur les artistes. Mais, pour la dernière pièce de la représentation, on nous a gâtés en nous offrant un petit bijou. Chapeau! Après sa prestation, une foule heureuse, et d’entrée de jeu déjà conquise, a chaleureusement applaudi la troupe, puis Alain Auger et Elisapie Isaac ont généreusement interprété, en rappel, une douce mélodie en duo. Le public a quitté le temple de l’avenue Bernard l’âme béate.

Auteur, interprète et cinéaste, Elisapie, originaire de Salluit, un petit village comptant tout au plus un millier d’Innouks situé tout à l’entrée nord-est de la Baie d’Hudson, et Alain Auger, auteur-compositeur et aussi guitariste ce soir, accompagné des trois talentueux musiciens (à la basse, au saxophone et à la batterie) auront, sous des airs folks où la douceur alternait avec la puissance, emmené leurs passagers en voyage dans le Grand Nord. Un beau périple.

La belle de Taima a conduit son public par la main tout au long de la soirée. Dans un français aux tournures et aux accents des plus suaves, elle a su donner un sens à chacune de ses interprétations. De Innusivunga, qui parle de la renaissance du printemps, à Inutuulunga qui aborde la solitude, en passant par Silence, un beau texte du conteur québécois Fred Pellerin, et par le très touchant poème, en français, écrit par Elisapie elle-même, Les Voyages, un éloge à son père, la soliste démontre son grand talent surtout dans les pièces tout en douceur.

Rien de parfait en ce bas monde, la voix d’Elisapie s’éraille lorsque la musique exige de chanter avec force, elle aurait tout avantage à évoluer dans les registres tout en douceur, où elle réussit avec brio le transfert des émotions.

Le Théâtre Outremont, encore tout resplendissant des rénovations pourtant apportées il y a déjà douze ans, seyait bien à la chanteuse inouk. Nous n’y sommes pas présent cependant pour apprécier l’antre qui a accueilli les Félix Leclerc, Pauline Julien et bien d’autres, nous y sommes pour voir et surtout pour entendre Taima, or un entracte de plus de 35 minutes en aura irrité plus d’un.

Mais, malgré ce petit détail, la soirée aura donné lieu à une belle découverte, toute d’émotion et de dépaysement!

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