dans La famille
Texte de Louise Lanciault

Pochette du disque Very Together, le premier des Beatles.LAS VEGAS – Ce soir c’est un samedi bien spécial. Nous allons voir le spectacle de LOVE. Il y a, bien sûr des samedis soir plus holé holé que d’autres…

Nous avons tronqués nos jeans si confortables pour une tenue un peu plus recherchée. On se regarde…on rit…on a l’air du grand monde…Je dois dire que l’habit fait un peu le moine…je me sens différente… Pas de froufrous, mais un bijou sur ma robe de coton style hippie…J’avoue que je me suis « arrangée » avec un peu plus de soin que d’habitude…Une larme de gel dans les cheveux, une goutte de parfum dans le cou et dans le dedans des poignets…comme ma mère m’a montré. Si elle me voyait ! Je crois que ce soir elle serait fière de sa fille ! Non, je ne peux pas faire mieux. Il faut tenter de bien faire avec ce qu’on a. Pierre a pris sa mine des grands soirs. Il joue le jeu de la séduction. « Comme tu es belle ma Loulou ».. C’est si plaisant de se voir belle dans les yeux de son chum !

Nous quittons donc le chic Sahara (!!!) pour se rendre à la salle de spectacle…Comme Pierre ne veut surtout pas arriver en retard, nous sommes des siècles en avance. Il pourrait y avoir un défilé de girafles qui nous retarderait que nous serions encore à l’heure !

On voyage en autobus. C’est moins romantique qu’une limousine mais Pierre a pris le virage vert, donc on roule de façon écologique. Je suis très contente. J’ai eu peur qu’il propose d’y aller à pied. Non pas que j’ai peur de marcher…mais quand il fait 121 degrés à l’ombre j’aime mieux m’engouffrer dans un autobus bondé mais climatisé !

On fait un peu chic compte tenu de notre moyen de transport mais c’est tout de même mieux que le vélo dans les circonstances.

Nous entrons maintenant dans la grande salle de spectacle ! Je sens la fébrilité de Pierre. Il est si content et si beau à voir. D’une main, il serre très fort l’appareil numérique que l’on trimbale partout avec nous, de l’autre il me tient la main. Il est très excité, je le sens à la moiteur de sa main.

Assis côte à côte, nous restons silencieux. Pierre regarde partout. Enfin, je crois qu’il scrute la salle de spectacle de façon à la mémoriser dans les moindres détails. Je le regarde, un peu médusée, en pensant que ce n’est pas la salle dont il faut se rappeler mais bien du spectacle. Bon, je crois que les hommes sont comme ça.

De mon côté, je regarde les gens, ils sont très chics, beaucoup plus que nous. Et dire qu’on s’était forcés pour être sur notre 36 une bonne fois dans notre vie. Les femmes sont plantureuses, mon Dieu ! on dirait que c’est juste ça que je vois depuis que je suis à Las Vegas, c’est assez pour m’en faire un complexe…mais bon. Pierre, quant à lui, semble plus intrigué par les murs et les luminaires au plafond !!! Il passe à côté du spectacle humain assez impressionnant qui se déroule autour de nous, sans même le remarquer. J’en ai plein la vue….jalouse, vous dites !!!

Les lumières se ferment, la musique monte dans le noir…La scène s’éclaire, elle est en fait inondée de mille lumières. Un seul mot me vient en tête : harmonie. Tout est si beau, si magique. Il y a des gens qui exécutent des mouvements divins dans des costumes féeriques. Ça fait deux minutes que c’est commencé et je suis déjà séduite…. Nous sommes subjugués. Le temps s’arrête. Je n’entends plus la respiration de Pierre, je ne sens même plus la mienne…Le cœur bat très vite…Je suis dans un état second…Je manque d’yeux pour tout voir. Une frénésie de couleurs, de formes, de mouvements savamment pensés se déroule sous nos yeux ébahis. Et la musique !!! Quelle musique !!! Grande, puissante, imposante ! Chapeau les Beatles ! Je n’ai jamais entendu les Beatles avec une telle intensité ! Je frisonne d’émotions, la chair de poule me parcoure le corps entier. Je sens vibrer Pierre. Il semble impressionné, même que le mot est faible.

Les Beatles, quel phénomène tout de même ! Un talent grand comme le monde. Ils étaient « très cela » comme dirait l’autre. Le temps est suspendu devant tant de beauté. Nous sommes emprisonnés dans les filets très serrés du spectacle. Aucune autre pensée peut nous traverser l’esprit, on admire la création avec un grand C.

Tout à coup, tout est blanc, une méduse se tortille de toutes parts…C’est magnifique. Une imagination infinie…C’est mon coup de cœur…c’est tellement beau !!!

Puis arrive déjà la finale. Elle est intense, immense, gigantesque sous la musique de LOVE. Love is a concept…Les larmes perlent dans mes yeux…le spectacle devient embrouillé…comme dans un voile…c’est encore meilleur….L’émotion est palpable.

C’est fini. Place au silence. Ce silence doit ressembler à celui qui suit un tremblement de terre. J’ai la conviction profonde d’avoir vécu un grand moment dans ma petite vie…Nous avons, sans doute, vu ce qui se fait de mieux en terme de spectacles. La Lamborghini du show business.

J’ai une pensée soudaine pour mon frère Jacques. C’est par lui que j’ai découvert les Beatles. Il en était un fan inconditionnel. Cette musique a accompagné toute son adolescence et la mienne, par ricochet. Il écoutait de façon répétée (quand on dit répété) et religieuse chacune des « tounes » des Beatles et c’est la maisonnée entière qui se trouvait à écouter, bien malgré elle chacune de ces merveilles. Maman, sonnait la fin du répertoire, lorsqu’elle en avait assez et c’est alors que le calme reprenait place dans la maison, après les récriminations bien senties de Jacques, qui trouvait tellement injuste de ne pas pouvoir écouter « sa » musique aussi forte et aussi souvent qu’il le souhaitait.

J’ai donc connu les Beatles par personne interposée. Jacques, mon frère dans un premier temps et par mon chum par la suite. Pierre possédait tous les disques vinyl des Beatles, certaines pochettes étaient des originales et faisaient toute sa fierté. Ces disques vinyl ont été déménagés; de East-Angus à Québec, puis à Montréal sur la rue De Ségur pour finalement aboutir à notre maison. Chaque fois, ces disques avaient droit au traitement royal. Ils étaient emballés avec les précautions les plus grandes. Mon chum en prenait un soin jaloux. Par la suite, la question de leur rangement faisait toujours l’objet de discussions intenses entre nous deux, puisque Pierre voulait leur réserver un emplacement de choix tandis que moi je trouvais que c’était un ramasse-poussières. Combien de fois ai-je entendu mon chum parler et même montrer ses précieuses pochettes aux personnes qui nous rendaient visites. La fierté à l’état pur !!!

C’est sans parler de son premier « plain » qu’il a évidement dansé sur une chanson des Beatles et de son premier « french kiss » qui s’est également passé, semble-t-il, sur une « toune » du groupe. On dirait qu’il possède un souvenir précis pour chacune des chansons du répertoire. Et dire que je ne pourrais pas vous nommer la chanson qui jouait lors de mon premier « plain ». Au fait, y avait-il de la musique ? Je pourrais vous parler de l’odeur de mon compagnon, de l’endroit précis où il a posé ses mains sur mes épaules…mais y avait-il seulement de la musique ? Je ne saurais vous le dire.

Ce samedi bien spécial, c’était le 2 septembre 2006.

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