Avant Spotify, avant Apple Music, avant YouTube Music, on écoutait des albums.
Pas des chansons.
On insérait la cassette, le CD et on écoutait l’album, de la première à la dernière plage.
10, 11 parfois 12 pièces musicales.
Si on était chanceux, on avait droit à une toune cachée après la dernière plage…
On avait encore du temps à cette époque. Assez de temps, du moins, pour écouter un album au complet.
On était jeune aussi. Peut-être que c’est pour ça qu’on avait du temps.
Avant la trentaine, avant la bedaine, avant les morveux et l’hypothèque, comme dirait Karl.
Puis le temps s’est dérobé sous nos pieds. Un convecteur temporel nous a transporté 30 ans plus tard en moins de temps qu’il n’en faut pour atteindre 88 miles à l’heure.
Plus tôt aujourd’hui, The Man Who Sold The World jouait sur mon Spotify. De ma playlist My Teen Years (1995-2005). Une envie nostalgique soudaine s’est emparée de moi: écouter l’album MTV Unplugged In New York de Nirvana, du début à la fin!

Fade-in des applaudissements des quelques centaines de spectateurs.
La voix gênée de Kurt:
Good evening. This is off our first record. Most people don’t know it.
Les premières mesures de About A Girl. Le premier couplet.
I need an easy friend
I do, with an ear to lend
I do, think you fit this shoe
I do, but you have a clue
Tellement un album d’exception. Chaque pièce est mémorable.
- About a Girl
- Come as You Are
- Jesus Doesn’t Want Me for a Sunbeam
- The Man Who Sold the World
- Pennyroyal Tea
- Dumb
- Polly
- On a Plain
- Something in the Way
- Plateau
- Oh Me
- Lake of Fire
- All Apologies
- Where Did You Sleep Last Night
Where Did You Sleep Last Night, la dernière de l’album. L’émotion palpable dans la voix éraillée de Cobain. La toute dernière chanson que le band jouera live. Frissons.
À l’époque, on connaissait l’ordre des chansons. Parce que l’ordre avait son importance. Smells Like Teen Spirit comme première pièce de Nevermind, suivi de In Bloom et de Come As You Are, c’était épique. Something In The Way comme dernière, la fin parfaite… avant la chanson cachée.
On se souviendra de Once, Even Flow suivi de Alive sur Ten de Pearl Jam. Légendaire!
Les notes tripatives d’un vieux piano de Mellon Collie And The Infinite Sadness. Puis les claviers qui embarquent. Jusqu’à la dernière petite note douce. Suivi de Tonight, Tonight. J’en ai la chair de poule juste à y repenser.
Les premières notes de Mysterons sur Dummy de Portishead. Ça me rappelle le Café République coin Côte-Sainte-Catherine et Côtes-des-Neiges. Un album qui y jouait souvent. Avec Massive Attack, Morcheeba et Thievery Corporation. Johnny, le serveur cool qui nous laissait prendre trop de refills de café dans une soirée. On y a refait le monde des centaines de fois, Philippe, Raphaël, Joelle et moi.
Faire des enfants, la première plage de l’album Le Dôme de Jean Leloup.
J’faisais du pouce depuis une heure
Dans un trou perdu le malheur
S’acharnait sur moi ce jour-là
Il me tenait, il m’lâchait pas.
Amanda Plummer et Tim Roth en ouverture de l’album du film Pulp Fiction:
— I love you, Pumpkin.
— I love you, Honey Bunny.
— Everybody be cool, this is a robbery!
— Any of you fuckin’ pricks move, I’m gonna execute every motherfucking last one of you!
Enchevêtré des premières notes de Misirlou.
Un peu plus loin sur l’album, le légendaire
— Whose motorcycle is this?
— It’s a chopper, baby.
— Whose chopper is this?
— Zed’s
— Who’s Zed?
— Zed’s dead, baby. Zed’s dead.
Juste la voix de Bruce Willis me rappelle l’époque.
On écoutait des albums dans l’temps, pas des chansons.
C’tait tellement mieux dans l’temps.
Et y’avait de la bonne musique dans l’temps, pas comme maintenant.
Et il m’semble que les jeunes étaient moins paresseux dans l’temps, non?
Eh misère…
J’ai déjà entendu ces phrases-là plus d’une fois, il me semble. Mais quand ça déjà ?
Ah oui!! Dans l’temps! Le temps où les albums étaient en vinyle!
Finalement, plus ça change, plus c’est pareil ????






















